24 juin 2007
Pétition contre la suppression de l'émission Arrêt sur Images
La direction générale de la chaîne de télévision France 5, par la voix de son directeur des programmes, Philippe Vilamitjana, a confirmé la fin brutale de l’émission de décryptage des médias Arrêt sur images.
On peut considérer que le projet qui consiste à critiquer la télévision en usant de ce même média comporte d'importantes limites, cependant je pense que nous sommes nombreux à penser que cette émission remplissait un rôle pédagogique salutaire en apprenant à ses téléspectateurs à ne jamais oublier qu'une image télévisée n'est jamais une simple capture de la réalité, mais un objet médiatique construit, en les informant sur les contraintes qui pèsent sur les journalistes dans la production de cet objet, en les faisant réfléchir au fait que le choix de traiter un sujet plutôt qu'un autre n'est jamais anodin.
Pour une chaîne TV comme France 5 qui se présente comme pédagogique et éducative, c'est un non sens que de supprimer une émission qui pose justement un regard critique sur ce média.
Une pétition réclamant le rétablissement d'Arrêt sur Images a déjà recueilli plus de 65.000 signatures. Ajoutez la vôtre en cliquant ici.
23 juin 2007
SortezRevenez.fr, le jeu
Je vous ai parlé de Nicoprout dans un précédent post, voici un jeu un peu plus sérieux : la Sécurité routière (aucun lien avec mon boulot donc...) lance le premier jeu de simulation de soirée sur Internet. Vous organisez une soirée chez vous, à vous de veiller à ce que l'ambiance ne retombe pas (parce qu'il n'y a pas de musique, que quelqu'un est bloqué aux toilettes sans PQ ou qu'un de vos invités pourrit l'ambiance en parlant de sa collection de pots de yaourts qui ont sa date de naissance pour date de péremption...) et à ce que tout le monde rentre chez lui en un seul morceau.
Et pour tous ceux qui ont atterri sur ce blog en tapant "où trouver le PQ dans SortezRevenez ?", pensez à bien obsrver la pièce quand vous allez chercher les courses dans le cellier...
13 juin 2007
La Grande Arche de la Défense investie par RESF
J'avais prévu aujourd'hui de vous parler de la liquidation de la carte scolaire par le gouvernement Fillon, mais une autre actualité m'a rattrapé à la sortie du boulot. Je travaille à la Grande Arche de la Défense (oui, oui, dedans), et le parvis de la Défense est généralement plus le théâtre d'évènements commerciaux. J'étais donc un peu surprise en tendant l'oreille dans mon bureau d'entendre ce qui ne pouvait être que des slogans criés dans un mégaphone. RESF - Réseau éducation sans frontières - organisait une manifestation autour de leur dernier mot d'ordre : "Laissez-les grandir ici". Avec le concours de cinéastes, RESF a d'ailleurs produit un film : ce sont des enfants, ils racontent leur expérience, ce qu'ils ne devraient pas vivre, la peur et la souffrance.
Laissez-les grandir ici
envoyé par laissezlesgrandirici
C'était l'heure de la quille, j'en ai profité pour prendre quelques photos.


"Des papiers pour tous"
"Laissez-les grandir ici"



"Abrogation des lois racistes et xénophobes"
12 juin 2007
En ces temps de réforme fiscale, sachons répondre poliment à une lettre du Trésor public
Commençons tout d'abord par une citation de Desproges, professeur de sens critique, et accessoirement humoriste :
On ne dit plus un avortement mais une interruption volontaire de grossesse,
ceci afin de ménager l’amour-propre du fœtus.
(A tous les handicapés de l'esprit critique et du second degré qui prendraient cette citation pour un plaidoyer contre le droit à l'avortement, je conseille une lecture attentive de ce blog, et une relecture des débats qui ont précédé le vote de la loi Veil sur l'avortement de 1975.)
Mais en ces temps où la réforme fiscale et le respect des conventions sont à l'honneur, apprenons grâce à ce brillant homme à répondre poliment à une lettre du Trésor public :
Pierre Desproges
à Paris
à TRESOR PUBLIC
Trésorerie principale
Paris Cedex 09
P 14B 7624
Mon Trésor,
Merci de ta gentille lettre P 14B 7624, elle m'a fait bien plaisir.
Pour les 1,30 francs que tu me dois, tu serais sympa de les virer à mon compte bancaire le plus vite possible. Ce serait pour acheter une baguette à 1,90 francs avant que ça augmente encore. Avec les 5 centimes en trop, je pourrais avoir un roudoudou ou deux carambars, à moins que je décide d'aider la recherche contre le cancer.
Ici, il fait un temps dégueulasse.
J'espère qu'à Cedex 09 vous avez beau temps.
Je te prie d'agréer, mon Trésor, l'expression de mes sentiments distingués.
Pierre Desproges
(Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis, 1981)
Pas très doué en calcul ce cher Desproges, mais prenez-en de la graine. Ca vous servira quand vous remercierez ce cher Trésor pour le trop percu concernant vos droits de succession. A moins que vous ne fassiez déjà partie des 85 % de Français déjà exonérés de ces droits... Donc à votre avis quand l'éxonération, comme l'annonce Nicolas Sarkozy, concernera 95 % des Français, à qui pensez-vous que cela profitera ? Probablement pas aux plus modestes.
Par contre la hausse de la TVA, ne vous inquiétez pas, elle ne les épargnera pas. Il faut bien récupérer auprès des pauvres ce qu'on donne aux riches (52 milliards de manque à gagner pour l'Etat sur le prochain quinquennat, si le patrimoine des Français continue à augmenter à ce rythme, il faut bien les trouver quelque part...). Et étrangement, je ne pense pas que vous recevrez de lettre amicale du Trésor public quand vous sortirez de votre supermarché préféré avec une note plus salée qu'auparavant.
11 juin 2007
Nicoprout : c'est con mais c'est bon
Bon d'accord c'est pas très fin, mais qu'est-ce que c'est rigolo...
Il suffit d'écrire correctement le prout pour faire courir Nico Shark.
Cliquez là :
10 juin 2007
Auto-promo
Il se trouve que dans la vraie vie, je suis webmaster. Et comme un blog est également destiné à flatter l'ego de son auteur, voici une petite interview de votre blogeuse - modestement intitulé "Rencontre avec Aurélie Ginioux" - sur le site gouvernemental www.internet.gouv.fr : c'est ici, et c'est au sujet du site www.sortezrevenez.fr, qui a bien évolué depuis.
08 juin 2007
Les mésaventures des Ogres de Barback dans la belle cité UMP d'Oyonnax
Oyez oyez, braves internautes, la conception de la culture et de la liberté artistique par le maire UMP d'Oyonnax. Il faut croire qu'il se sentait nerveux à l'approche des élections :
Et voici la - brillante - réponse des Ogres de Barback :
26 mai 2007
Mark Twain
Décidément, Mark Twain est une mine de citations.
"Lorsque vous vous retrouvez dans la majorité,
il est temps de faire une pause et d'y réfléchir."
Toute ressemblance avec des situations ou des hommes politiques existants ou ayant réellement existé ne saurait être que fortuite.
13 mai 2007
www.delation-gouv.fr : un nouveau site gouvernemental au service de vos envies
Envie de dénoncer son voisin qui vous impose sa passion pour Dalida (c'est à la mode en ce moment) ? Son ex qui persiste à toujours avoir un si joli cul, et à en faire profiter quelqu'un d'autre ? Son patron qui a décidé que pour mieux rémunérer les actionnaires il allait falloir faire des économies de fonctionnement, et donc rationner la ration quotidienne de papier toilette (deux feuilles par demi-journée) ?
C'est par ici : www.delation-gouv.fr.
"Pour une France plus efficace, nous simplifions vos démarches."
Quelques suggestions de motifs de délation :
- se lève tard
- bosse 35 heures par semaine
- a réalisé des pancartes rigolotes contre le CPE
- fait des choses étranges avec des concombres
- a lu "Ruptures", de Serge Portelli
- aime le couscous (attentoire à l'identité nationale)
- est syndiqué
- mange du Kiri
- taxe des clopes
- fait des pauses café au boulot
- lit le Monde diplomatique
- et / ou écoute Daniel Mermet sur France Inter
- vole des briquets
- est adhérent au FLNJ (Front de Libération des Nains de jardin)
Il n'y a plus qu'à cliquer sur "Balancer".
10 mai 2007
La répression commence - Précisions et mise au point
J'aime beaucoup m'auto-citer, surtout lorsque je réponds à un commentaire qui me parâit particulièrement intéressant et représentatif.
Et puisque nous devons gagner la bataille des idées, voilà quelques idées reçues auxquelles j'ai voulu répondre.
Le commentaire posté :
"Je trouve que c'est dommage de se contenter de lire les magazines.
Avant de croire les journalistes, il faudrait se renseigner sur le
boulot de policier et même faire un stage dans la police. Les gens
comme toi qui jugent sans connaître ça me fait de la peine car c'est
une preuve d'immaturité, tu dois être étudiante c'est pour ça, ou
chomeuse c'est un peu la même chose.
Posté par CLEM, 09 mai 2007 à 23:25"
Savoureux non ?
Voici mes petites précisions et mises au point :
"CLEM,
Petites rectifications. En l'occurrence, Libération est un journal (un quotidien plus précisément), et non un magazine.
Seconde précision, il se trouve que je ne fais plus / pas partie de ces catégories de feignasses assistées (et immatures) que tu cites (les chômeurs, les étudiants). Et oui, je continue à être une gauchiste en faisant partie de la "France qui se lève tôt".
Quant à l'immaturité, je pense plus qu'elle se situe chez ceux qui tendent à considérer les étudiants et les chômeurs comme des inactifs, ce qui prouve que tu n'es pas à l'abri du jugement "sans connaître". L'amalgame que tu fais entre étudiants et chômeurs est injustifié, et manifestement destiné à disqualifier les uns (les étudiants, jeunes travailleurs en formation), en les comparant aux autres (les chômeurs, travailleurs en recherche active d'emploi), qui visiblement n'emportent que ton mépris.
CECI DIT, en tant que travailleuse, puisqu'apparemment c'est le seul statut pour toi qui permette d'avoir une parole légitime, je ne condamne pas les policiers en général. Pour avoir discuté avec quelques uns, je sais combien leur métier est difficile, et SURTOUT depuis que la culture du chiffre à tout prix a fait son apparition dans la police. Cf. à ce sujet et sur ce blog, les interviews de CR, ancien policer et responsable syndical à la CGT-Police, dénonçant le changement culturel à l'oeuvre, les pressions et la répression syndicale des policiers qui cherchent à y résister, les moyens de "faire du chiffre" facilement pour satisfaire les demande de son supérieur, lui même sous la pression de son supérieur,...
Il se trouve donc que je ne me suis pas contentée de "lire les magazines".
Ce que je conteste, ce n'est pas le travail des policiers, dont je souligne justement l'honorable mission : protéger les personnes et les biens. C'est la politique menée par notre ancien ministre de l'Intérieur, et nouveau Président de la République, qui consiste à mettre sous pression les policiers en les encourageant à produire du chiffre à tout prix, à envoyer des jeunes policiers insuffisamment formés et non expérimentés dans des lieux où les relation entre les habitants et les forces de l'ordre sont exécrables, pour faire de l'affichage politique, avec les risques de bavure que cela entraîne...
La preuve..."
09 mai 2007
La répression commence
Petit florilège des premières bavures de la France selon Sarkozy.
"Une dizaine de manifestants anti-Sarkozy interpellés dimanche soir dans
le centre ville ont été condamnés mardi soir par le tribunal
correctionnel de Lyon à des peines allant de 2 à 3 mois de prison ferme
pour violences contre des policiers. (...) Parmi ces jeunes garçons, le tribunal a notamment eu à étudier le cas de
trois étudiants à Science Po. (...) Les trois garçons redescendent le quai, suivis par deux gardiens de la
paix en voiture de police. La troupe est agitée. Fabrice fait tomber
deux barrières de sécurité sur la voie publique pour, explique-t-il,
«barrer la circulation». Selon les policiers, il aurait «jeté» ces
barrières sur leur voiture. Un des gardiens de la paix attrape Fabrice
et le maîtrise au sol. Des manifestants, dont Adil, essaient de
s’interposer. Le deuxième policier, une femme, lâche alors son chien
sur une jeune fille. C’est alors qu’intervient Joshua qui pousse à
terre la policière pour tenter de dégager le chien du mollet de sa
camarade.
A l’audience, les trois garçons reconnaissent les faits mais contestent
formellement la version des policiers qui disent avoir été frappés à
terre et battus à coups de pieds et de poings par une quinzaine de
jeunes gens. «Soyons sérieux, si cela s’était passé comme cela, les
policiers s’en seraient tirés avec une simple contusion, c’est-à-dire
même pas une ecchymose à l’épaule», plaide Bertrand Sayn, l’avocat des
jeunes garçons.
"
Libération.fr, mardi 8 mai 2007
"
Six lycéens mineurs de l'établissement Paul-Bert à Paris ont
passé neuf heures en garde à vue, avant-hier,
«pour avoir déplacé des poubelles sur dix mètres de
trottoir», selon les mères d'Antoine, 15 ans, et de Lucas, 17
ans, qui comptent porter plainte à l'inspection générale des
services (IGS), la police des polices
.
Lundi, à 9 heures, les six adolescents
attrapent trois poubelles vertes plantées devant le lycée, afin,
dit l'un d'eux, de
«les mettre de côté au coin de la rue, avec dans l'idée de
bloquer les portes à 14 heures», pour protester contre
l'élection de Nicolas Sarkozy.
Quatre policiers de la brigade anticriminalité (BAC) les
interpellent. Contrôle, fouille, menottes. D'après Antoine, la
palpation s'avère violente au niveau des testicules, surtout pour
un copain de 17 ans qui
«a eu si mal» qu'il a
«repoussé par réflexe» ce policier en civil et lancé :
«Ne me touche pas !» Le fonctionnaire aurait rétorqué :
«Tu te calmes, sinon t'es mort !» Les six ont été embarqués
au commissariat du XIVe arrondissement, accrochés à un banc, puis
enfermés en cellule. Dans une cage
«dégueulasse, avec de la pisse par terre, des matelas très sales
et une crotte séchée par terre avec une paille plantée
dedans», décrit Antoine, écoeuré, qui n'a pas pu avaler les
raviolis du déjeuner à cause de
«la mauvaise odeur». Motif officiel de la garde à vue :
«Tentative de destruction de biens publics en réunion.» L'un
des policiers a en effet avancé que les lycéens
«voulaient mettre le feu aux poubelles» de la ville,
considérées comme des biens publics. Les interrogatoires des
mineurs ont été centrés sur ce point.
Le fait que l'un des six porte une capuche et un autre une
écharpe
«à cause du froid à 9 heures du matin» a laissé penser à ces
policiers selon la préfecture de police qu'ils
«avaient l'intention de faire une connerie». Nul autre témoin
ou élément matériel n'ayant corroboré la suspicion d'un seul
fonctionnaire, l'affaire a été classée. Et les adolescents relâchés
à 19 heures. N'empêche, ces six jeunes ont subi neuf heures de
garde à vue
«pour rien», selon eux, avec prélèvement d'empreintes
digitales et photographies anthropométriques,
«comme dans les films», dit Antoine. Il ajoute :
«Le policier qui a pris les photos et les empreintes nous a dit
: "Vous aurez un casier judiciaire." Et là, j'ai flippé d'être
renvoyé du lycée, d'être déscolarisé. J'ai eu peur aussi de ne pas
pouvoir faire certains métiers plus tard si j'avais un casier
judiciaire.» "
Libération, mercredi 9 mai 2007
"Vers minuit,
près de 200 jeunes ont été interpellés à l'occasion d'un nouveau
rassemblement improvisé sur les marches de l'Opéra Bastille.
«On s'est fait encercler, raconte Mathilde, étudiante à la
Sorbonne.
Les CRS nous ont pris en étau sur les marches et ils nous ont
fait monter dans des bus dix par dix. Les bus étaient
blindés.» Les contrôles d'identité ont duré jusqu'à 4 heures du
matin.
«Au commissariat, il n'y a que les renois et les rebeus qui se
sont fait menotter. Dans quel monde on vit ?» s'indigne
Mathilde.
Nicolas, jeune sympathisant socialiste arrêté place de la
République, est ressorti libre du tribunal après vingt-quatre
heures de garde à vue et une nuit au dépôt. Poursuivi pour
«jets de projectiles», ce qu'il conteste, il sera jugé en
juin.
«J'étais en train de crier comme tout le monde quand trois CRS
me sont tombés dessus, explique-t-il.
Ils m'ont pris à la gorge, aspergé de gaz. J'ai été plaqué au
sol et menotté dans le dos. Quand j'ai eu le genou d'un CRS sur la
tête, ils m'ont frappé au visage en m'insultant.»
Dans le car, un manifestant colombien est en difficulté.
«Les policiers lui ont dit : "Toi, si tu bouges, on te baise ta
mère." Le Colombien a hurlé : "N'insultez pas ma mère !" Il s'est
fait rouer de coups», témoigne Nicolas, qui va déposer plainte à
l'inspection générale de services (IGS)."
Libération, mercredi 9 mai 2007.
Si la violence lors de manifestations est condamnable, que dire de celle de policiers, qui ont pour missions de protéger les personnes (et non seulement les biens) ?
07 mai 2007
Résistons
Si
Nicolas Sarkozy a gagné ce dimanche 6 mai 2007 dans les urnes,
c'est qu'il avait déjà gagné dans les esprits.
Il est parvenu à l'aboutissement d'un processus de glissement
vers la droite de l'espace du pensable politique : force de l'extrême
droite, droite de gouvernement décomplexée,
centre-droit qui parvient à apparaître comme une force
d'opposition.
La
droite est parvenue à s'imposer, à la faveur de la
crise économique que nous vivons et des tensions sociales et
économiques qu'elle engendre, comme la seule compétente
en matière économique, aidée en cela par un
mouvement intellectuel qui pose la doctrine libérale non comme
une idéologie parmi d'autres, mais comme la seule vision
réaliste, pragmatique, de penser le système économique.
La
droite a gagné la bataille des esprits car, sur ses thèmes
de prédilection – immigration, sécurité, elle
a réussi à imposer sa vision : des immigrés qui
menaceraient l'identité culturelle et les intérêts
économiques des nationaux, la négation des causes
économiques, sociales et psychologiques de la délinquance.
Elle
a profité des divisions que le libéralisme économique
et la précarité qu'il engendre ont générés
au sein des travailleurs. Tous ceux qui se situent à la
frontière de la précarité et de la misère
sociale, qui courent le risque quotidien d'y basculer, dans une
perspective libérale où tout ce qui arrive aux
personnes n'a pour explication que leurs fautes, leur responsabilité
individuelle, cherchent désespérément à
se démarquer de ceux qui ont chû, se rassurant ainsi à
leur propres yeux et aux yeux de la société sur leur
propre valeur, sur leur esprit de responsabilité, et donc sur
l'impossibilité de basculer à leur tour.
Ceux
qui stigmatisent les assistés sont avant tout ceux qui
craignent de l'être à leur tour. Ceux qui réclament
l'absence totale de tolérance envers les délinquants,
sont ceux qui auraient toutes les raisons de l'être, et qui ne
résistent à la tentation qu'au prix d'efforts de
volonté surhumains.
Nous
avons perdu cette bataille idéologique, nous ne sommes pas
parvenus à restaurer dans le débat public notre vision
de la société : nos valeurs de solidarité, de
tolérance, d'égalité, de liberté, de
respect de la personne humaine, notre explication des phénomènes
sociaux, notre approche des problématiques publiques.
Une
vision où le prétendu assistanat est la solidarité
de chacun envers ses semblables, fondée sur le pacte social
selon lequel toute personne peut avoir un jour besoin de cette
solidarité, au bénéfice d'une société
qui ne laisse personne sur le bord du chemin, luttant ainsi contre
les tensions sociales, les inégalités, la fatalité
des origines sociales, de la maladie, de la vieillesse, contre
l'effondrement des économies en cas de crise économique
majeure.
Une
vision dans laquelle la délinquance n'est pas le résultat
de déterminants génétiques, ni un choix
rationnel auquel répondrait comme solution unique
l'exemplarité de la peine comme dissuasion. Une vision dans
laquelle la répression n'est pas l'unique remède à
la délinquance, ce qui reviendrait à se résigner
à ce que la seule action possible soit de mettre la société
à l'abri de déliquants et de criminels incurables,
prédestinés du fait de leurs gènes et de leur
culture. Une vision dans laquelle la délinquance est le fruit
des inégalités sociales, de la pauvreté, de la
précarité comme seule perspective d'avenir, de la
stigmatisation sociale, des trajectoires de vie et des conséquences
psychologique que cela entraîne.
Une
vision dans laquelle les droits de la personne humaine ne sont pas le
cache-sexe d'une tolérance coupable envers les délinquants
et les immigrés venus menacer les nationaux, mais dans
laquelle ces droits sont la garantie de la liberté de penser,
d'expression, de la lutte collective, de la dignité de la
personne humaine, de la protection de la vie privée et
familiale, de la liberté de choisir son mode de vie.
Une
vision dans laquelle le travail n'est pas l'unique horizon des
classes populaires pour vivre une vie réduite à la
seule consommation de biens. Mais une vision dans laquelle le travail
n'est qu'une des ativités de l'être humain, qui lui
permette de subsister, certes, mais qui lui laisse également
le loisir et lui donne les moyens de se cultiver, de s'éduquer,
de vivre une vie sociale et familiale épanouie, de s'ouvrir au
monde et aux autres cultures par le voyage. Une vision dans laquelle
les travailleurs ne sont pas une variable économique, un moyen
de production, une simple « extension de chair de la
machine », mais des êtres humains qui disposent d'un
droit inaliénable au développement intellectuel,
social, psychologique.
Nous
avons perdu cette bataille idéologique, nous ne pouvons pas
nous permettre de considérer que nous avons perdu la guerre,
et signer l'armistice sur ses terres avec le centre-droit, même
pour nous rassurer temporairement sur notre capacité à
faire nombre.
Nous
ne donnerons de véritable chance de victoire à la
gauche, et nous ne permettrons véritablement au peuple
français de se rendre maître du débat public,
qu'en réorientant ce débat, en élargissant les
bornes du pensable vers les analyses et les valeurs de la gauche.
C'est
ainsi que nous reconquerrons l'électorat qui a voté
Bayrou en pensant y trouver l'alternative. C'est ainsi que nous
convaincrons la gauche de la gauche que nous sommes porteurs d'avenir
et de changement. C'est ainsi que nous convaincrons également
les électeurs qui votent Sarkozy contre leurs intérêts
de classe, de génération, de sexe, de genre.
Si
le PS a décidé de renoncer à cette lutte
idéologique, nous prendrons le relai, nous porterons les
esprits à gauche. Nous ne gagnerons pas les esprits et le
pouvoir, nous ne donnerons pas au peuple les outils intellectuels et
politiques pour penser l'alternative au libéralisme économique
et au conservatisme social en cherchant l'alliance avec le
centre-droit sur ses idées.
Nous
gagnerons et nous changerons notre société en menant
cette bataille des idées, en ne renonçant pas. Ou alors
nous nous exposerons à un glissement inexorable vers la droite
des esprits et du pouvoir.
Nous
nous mobiliserons dans les mouvements sociaux, dans les luttes
collectives, nous gagnerons la bataille idéologique dans les
rues, dans les médias, en promouvant une réflexion
intelligente, rigoureuse, riche.
Nous
pouvons parier sur l'intelligence, sur l'éducation populaire.
Luttons contre le matraquage de la droite en donnant au peuple les
outils de la transformation sociale.
Résistons.
Débattons. Expliquons.
C'est
notre rôle, c'est notre avenir.





